Secret ou mystère ?

Cela fait plusieurs mois que je n'ai rien écrit ici. Cela arrive.
La semaine dernière, j'étais à Châtillon Saint-Jean. Un salon, qui, soit dit en passant, vaut son pesant de sourires.
En répondant aux questions de Lisa Bienvenu, au cours de ce qu'elle a joliment appelé " une grande conversation", j'ai réfléchi plus avant à un élément qui traverse quelques uns de mes textes: le secret.
Souvent, on confond secret et mystère. Vous avez remarqué?
Quand on est enfant, le monde est plein de mystères. Comment on fait les bébés? Pourquoi Parrain a-t-il un amoureux et pas une amoureuse? C'est normal. On est petit. On ne sait pas tout. On a envie de grandir pour essayer de lever les voiles sur ce que la vie ne nous a pas encore permis de comprendre. Tout se corse si, de ces mystères-là, on fait des secrets. Si on convoque l'inavouable, le non-dit, le silence, alors oui, tout se déglingue et tout commence à aller mal. Que des zones du réel nous soient inaccessibles, que certaines questions demeurent sans réponses, que l'on fasse de la curiosité un défaut ou même un péché...et grandir devient un risque que l'on n'aura peut-être plus envie de prendre..
Dans " La poupée de Ting-Ting" et " Bagdan et la louve aux yeux d'or", c'est de cela que je parle. De ce moment, où, sans doute pour protéger l'enfant, on lui cache la vérité. De ce moment où l'enfant n'ose plus dire... Et il reste là, seul, face à sa culpabilité, à ses angoisses, à ses doutes. Ai-je trahi mon père en égarant son dernier cadeau? Ai-je trahi mon clan en protégeant des loups ?  Et ces regards inquiets? Ces questions sans réponses?
C'est un ressort dramatique et narratif très puissant. Sans doute parce que nous avons tous traversé dans nos vies un de ces moments où le silence fut une souffrance et la parole un soulagement. sans doute aussi parce que la parole nous définit, nous situe dans le monde.
Imaginer un personnage, c'est un pari sur l'humain qui est en lui. Le lecteur le suivra-t-il ? l'accompagnera-t-il ? Se reconnaîtra-t-il en lui ? Souhaitera-t-il pour lui une fin heureuse?
Bagdan et Ting-Ting sont deux enfants qui font face à la peur et à la tristesse. Mais ils provoquent l'échange. Ils ne se satisfont pas du rien. Ils font le choix d'avancer, d'affronter. On les y aide, certes. Ils ne sont pas seuls mais les ressources sont en eux.
C'est pour cela que je les aime, bien sûr. C'est pour cela que je suis toujours tellement émue quand des enfants m'en parlent. Quand ils repèrent les indices que j'ai semé sur leur chemin de lecteur, quand ils anticipent et déploient le texte à la mesure de leur vie à eux.

C'est pour cela que je continue...




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